Le Repassage et le Titre-service font-ils bon ménage ?

Le secteur de l’Entretien du Textile demande d’urgence des solutions :

  • Les marges des services de repassage qui travaillent avec les titres-services sont trop faibles. Cela compromet la pérennité de l’emploi.
  • Malgré l’investissement en matière de locaux et d’infrastructure, le repassage à l’extérieur n’est plus viable sans combinaison avec d’autres services.
  • L’incertitude juridique en cas de contrôles doit être levée.
  • On comprend l’objectif de la ministre De Coninck, mais la règle des 60 % n’est pas réalisable.
  • La régionalisation des titres-services doit s’effectuer de manière transparente et offrir une stabilité.

À l’occasion du dixième anniversaire du chèque-service, Frank Vandenbroucke a pu encore une fois clarifier les choses à propos du système dont il a été l’un des artisans. Selon l’ancien ministre du travail, le chèque-service a encore un avenir, à condition que son prix soit augmenté. Lors d’un récent séminaire, il a abordé le problème spécifique des ateliers de repassage. Sur chaque chèque, ils perdent de l’argent. Ils ont une nouvelle fois refait leur calcul. Pour eux, cela ne peut plus continuer de cette manière. Et ce, pour diverses raisons. La FBT (Fédération belge de l’Entretien du Textile) tire à nouveau la sonnette d’alarme.

« Monsieur Vandenbroucke estime qu’il est possible d’augmenter le prix des titres pour les familles qui font appel à un atelier de repassage, car les frais fixes sont bien plus élevés pour l’entreprise de titres-services que pour l’aide-ménagère classique à domicile, déclare Philip Rebry, le président de la FBT. Seulement, il est dommage qu’il ait renoncé à la politique, car nous aurions bien besoin d’un allié. En dépit de nos insistances constantes et répétées, cela fait déjà quelque temps que nous ne parvenons plus à faire avancer nos dossiers. En attendant, nous conseillons à toutes les sociétés d’entretien du textile de ne plus entrer dans le système des titres-services, de ne pas étendre leurs activités dans ce domaine, ou même d’y mettre progressivement un terme. Finalement, ce sont surtout les consommateurs qui sont les dindons de la farce. Pour des centaines de jeunes diplômés, de ménages à double revenu, de familles monoparentales, de pensionnés de la génération du baby-boom ou de personnes plus âgées, le service de repassage avec titres-services constitue la solution parfaite. En effet, ils peuvent se débarrasser d’une corvée ennuyeuse en sachant que leurs précieux vêtements sont entre des mains professionnelles, mais surtout aussi entre des mains sûres. De plus, les utilisateurs des titres-services bénéficient d’un bel avantage fiscal. Ainsi que d’une vie bien plus agréable, débarrassés qu’ils sont de la corvée du repassage. »

Une situation différente de celle des services de nettoyage et des ateliers de repassage des CPAS

« Mais pour les services de repassage, ce système est loin d’être lucratif. Pour tous les acteurs du secteur, la limite est atteinte depuis longtemps. Car ici, c’est tout à fait autre chose que pour les services fournis au domicile du consommateur pour lesquels un minimum d’investissement suffit. Le professeur Jozef Pacolet, économiste de la KU Leuven, a déjà signalé en début d’année que le système n’était viable que si le prix augmentait pour l’utilisateur. Depuis cette année, une entreprise de titres-services reçoit 22,04 euros par chèque : 8,50 euros de l’utilisateur et 13,54 des pouvoirs publics. De ce montant, rien qu’après déduction des charges salariales, il ne nous reste en moyenne qu’un euro en poche. Et avec cet euro, un service professionnel de repassage doit encore couvrir toute une série d’autres frais : l’espace consacré à l’atelier, l’énergie, les machines, l’emballage, l’informatique, les taxes, etc. Ces frais sont entièrement à charge des employeurs privés, contrairement à ce qui prévaut pour les services de repassage des CPAS qui peuvent bénéficier d’interventions de la commune. Pour les entreprises privées, par contre, la source de subsides est complètement tarie. C’est la raison pour laquelle chaque titre-service est pour nous en fait un poste déficitaire. Nos membres s’en sont accommodés pendant des années, car ils considéraient cela comme une sorte de service supplémentaire pour les clients qui utilisaient leurs autres services. Mais travailler à perte, aucune entreprise ne peut se le permettre. »

Des frais beaucoup plus importants

« Nos propres conclusions s’appuient sur une étude réalisée en 2006 à la demande de l’administration provinciale du Limbourg qui dit ceci : « Un service de repassage a des frais plus élevés. Bien entendu, cela influe sur les marges bénéficiaires. Il a besoin d’un espace supplémentaire, de frais de fonctionnement supplémentaires tels que l’eau, l’électricité et/ou le gaz… De plus, la norme d’accompagnement y est plus élevée que dans une entreprise de nettoyage. La norme de qualité est également très élevée dans le secteur du repassage. Le client attend un meilleur résultat que lorsque le repassage est effectué chez lui. Le consommateur veut notamment que le linge soit enlevé et ramené à des heures intéressantes, il y a le contrôle du nombre de pièces, la facturation, éventuellement le transport vers un lieu d’enlèvement, l’administration, etc. Et comme l’apport de linge à repasser n’est pas constant, il y a une perte de rendement. »

Certes, il est légalement permis de demander un petit supplément en plus du titre-service pour couvrir les frais autres que le salaire de la repasseuse. Le client est libre d’accepter ou pas. Souvent, il refuse, car il croit que c’est là une manière de frauder. Bien que ce soit parfaitement légal, certains clients nous quittent pour cette raison. Peut-être que le gouvernement ne fait pas assez pour faire connaître cette règle d’exception… Une communication claire à ce sujet lèverait déjà beaucoup de points d’interrogation chez le client. »

Confusion lors des contrôles

« Indépendamment de l’aspect des frais, les obligations administratives sont aussi de plus en plus complexes. À cet égard, nous sommes vraiment confrontés à l’incertitude juridique. En fait, la seule certitude, c’est qu’il n’y a pas de certitude. La législation n’est pas adaptée à notre situation spécifique, avec la manière de travailler et la clientèle propre au secteur. Si la réglementation devait être appliquée à la lettre, les divers contrôleurs signeraient sur-le-champ l’arrêt de mort de toutes nos entreprises de titres-services. Le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale adopte une attitude très pragmatique face à cette question. Et nous voulons l’en remercier. Nous constatons néanmoins que les contrôleurs de l’ONEM eux-mêmes sont quelque peu désemparés face à l’incertitude qui règne en la matière. Cela mène à des interprétations des règles. Et donc, tout le monde n’est pas traité sur un pied d’égalité. Nous voulons également insister sur le fait qu’un grand nombre d’erreurs sont simplement dues au fait qu’après dix ans la législation n’est toujours pas suffisamment adaptée au secteur du repassage. Si l’ONEM pouvait tenir compte de cette donnée lors des contrôles, cela nous ferait déjà bien avancer. La législation des titres-services comporte toute une liste d’imperfections. Une fois, un contrôleur sent très bien qu’il est impossible d’appliquer strictement la loi, l’autre fois, on se montre moins compréhensif. Avec une grosse amende à la clé. »

La règle n’atteint pas son objectif

Ces dix dernières années, les titres-services ont donné un important coup de pouce à l’emploi de personnes peu qualifiées. Des milliers de femmes peu qualifiées ont trouvé durablement du travail dans le secteur du repassage. Mais ce sont justement ces personnes-là qui risquent de perdre à nouveau leur emploi. La ministre de l’emploi Monica de Coninck a introduit la règle des 60 pour cent, qui veut que les emplois du secteur soient attribués au maximum à des chômeurs ou des bénéficiaires du minimex. En soi, cette exigence supplémentaire constitue un véritable casse-tête pour les services de repassage, car souvent ce groupe cible n’entre tout simplement pas en ligne de compte pour un travail qui réclame quand même quelques aptitudes techniques et un grand souci du détail. Et donc, cette règle n’atteint pas son objectif. En effet, le chef d’entreprise qui ne parvient pas à respecter la norme des 60 % n’embauchera tout simplement plus de collaborateurs supplémentaires. »

La FBT réclame des mesures

« Après la sixième réforme de l’État, les titres-services deviendront une compétence régionale et chaque région pourra adapter les règles comme bon lui plaira. Si à ce moment-là on ne tient pas compte de nos aspirations, nous ne pourrons faire autrement que mettre la clé sous le paillasson. Nous insistons pour que l’on mette en place une nouvelle catégorie de titres-services, spécifiquement pour les services de repassage. Qui seront plus chers pour le consommateur, mais qui nous donneront aussi la possibilité de survivre. Ou alors, il faut une communication (plus) claire sur les modalités et les raisons qui font qu’un service de repassage peut demander un montant supplémentaire à son client. En même temps, nous espérons que les services qui doivent veiller à l’application correcte de la législation des titres-services adopteront une attitude pragmatique. Sinon, le système s’écroulera comme un château de cartes. Les dommages collatéraux frapperont alors surtout les travailleurs. Et cela compliquera grandement la vie quotidienne des dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui sont responsables de leur ménage. À moins que l’on ne permette aux entreprises de repassage d’équilibrer leurs recettes avec leurs dépenses. Dès lors, nous espérons – et nous exigeons – non seulement que les responsables politiques de cette question adoptent rapidement un point de vue, mais qu’ils agissent également avec fermeté. À cet égard, nous nous sentons confortés et soutenus par l’UNIZO qui partage entièrement notre prise de position.

Source : http://www.belgamediasupport.be/pressrelease/detail.do;jsessionid=D0ABF0205D556DD53344659B13498642?pressId=33611&searchKey=1&languageId=FR

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